Anatomie de la rencontre

Mapie
femme
Prologue du siècle dernier
lovers

Nos vies sont faites de rencontres, rencontres programmées, déterminées, hasardeuses, calculées, obligatoires… quelle soit la nature et les enjeux de ces rencontres, elles laissent toujours quelque chose en nous, des goûts de trop peu, d’amertume, de destruction, de bonheur, de plaisir… Cet arc en ciel de saveurs qui nous construit, nous détruit, nous morcelle, nous remplit.

La trace laissée est souvent nimbée de petites choses émoustillantes : un regard, un frôlement, ce petit truc indicible qui nous fait nous sentir vivant. Toutes ces traces en nous, parfois des cicatrices, qui nous disent certains matins que nous sommes bien des êtres animés, emplis d’émotions et de vie.

1995… Une rencontre
rencontre

Dans une rue, quelque part, au coeur d’une ville française. Elle, à une terrasse de café, lui rentrant chez lui après une journée de travail. Elle sort la cigarette du paquet en regardant les gens passer. Il sent son regard posé sur lui. Un petit oeil jeté de côté, il la trouve jolie, esquisse un petit sourire.

Elle surprend son sourire, elle lui demande du feu. Il s’arrête, allume sa cigarette le regard planté dans le sien. Elle l’invite à sa table. Il commande un café.

Ils commencent à bavarder. Quelques sourires, des éclats de rire, un partage d’expériences. Les heures passent, ils vont diner ensemble. Plus d’emploi du temps à tenir, juste le plaisir du moment vécu.

Elle enlève son manteau au restaurant, il l’aide. Ils se frôlent, avancent une main, la retirent. Ils rient de plus en plus fort.

Arrivés au dessert, les conversations baissent en intensité, les frôlements s’accentuent, les regards plus appuyés sont sans équivoque.

Il paye l’addition. Elle se lève.

Ils sortent et s’éloignent bras dessus-dessous vers une destination commune.

Le jour se lève sur le lit défait. Deux corps entremêlés encore endormis. Elle ouvre les yeux et sourit au souvenir de la nuit passée.

Il se réveille, la regarde et va préparer un petit déjeuner.

Ils bavardent, sourient, rient parfois. Elle consulte sa montre. Elle se lève rapidement et se prépare.

Ils ne se promettent rien, ils se proposent juste de recommencer un de ces soirs.

2005… le choix de son produit
meetic

Dans un appart, quelque part, au coeur d’une ville française. Derrière son écran, elle consulte les différents profils proposés par Meetic. Elle s’arrête sur un profil, le consulte et envoie un message.

Il entend le ding de son ordinateur, s’approche, « vous avez un nouveau message ». Il ouvre, lit, consulte le profil, s’asseoit et répond.

Elle ouvre avec un petit air désabusé le mail. Elle répond rapidement.

Quelques heures plus tard, il s’assoit à la terrasse de café et commande une bière. Elle arrive, en retard, comme elle fait toujours, cela lui laisse le temps de voir si la réalité correspond à la photo et au profil consulté.

Il la voit au loin et a un sourire approbateur.

Elle arrive, se présente. Il l’invite à s’asseoir.

La conversation se traîne. Quelques sourires, quelques regards éloquents. Chacun sait pourquoi il est là.

Il se penche vers elle, lui murmure quelques mots. Elle fait oui de la tête un peu fermement, avec le visage de quelqu’un qui va plonger dans l’eau froide.

Il paye la note, et ils s’éloignent sans se frôler vers une destination commune.

Le jour se lève sur un appartement bien rangé. Deux corps endormis se tournant le dos. Elle ouvre les yeux et regarde sa montre.

Il se réveille, se lève et commence à s’habiller.

Autour d’un café, le silence. Elle consulte à nouveau sa montre et part rapidement.

De retour dans son appartement, elle retourne sur Meetic.

Il allume son ordinateur, il faut préparer la rencontre suivante. Il efface le profil de sa rencontre d’hier soir.

2018… Une rencontre sous haute surveillance
brasdefer

Dans une entreprise, quelque part, au coeur d’une ville française. Elle va à la photocopieuse, et le croise. Il baisse le regard, il se souvient encore de ce tweet dénonçant ses agissements « harcelants ».

Elle le cogne légèrement. Il range ses mains le plus près de son corps pour ne pas avoir à la toucher même par accident.

Elle met ses sens en alerte, ne l’a t’il pas touchée un peu plus que de raison? Elle a cru surprendre un regard sur ses seins.

Humblement, il retourne à son bureau et travaille yeux baissés.

Elle bombe le torse et quitte la photocopieuse en lui jetant un regard agressif et accusateur.

Il se cache derrière son ordinateur.

Elle parle avec une autre femme, la conversation semble énergique. Plusieurs fois, elle le montre du regard.

Il travaille ou plutôt essaye de travailler.

Elle prend son manteau, sort son téléphone et tapote dessus.

Il entend son smartphone sonner, il regarde… un tweet vient de tomber. Son nom, sa photo, encore une fois.

Il prend son manteau et quitte précipitamment l’entreprise et rentre chez lui.

Il ouvre un placard et sort son tout nouveau robot sexuel.

Elle finit sa journée de travail. Elle rentre chez elle. Une réunion de femmes y est prévue. Elles pourront passer la soirée à tweeter, et à dénoncer les agissements masculins du jour.

La Réunion est finie.

Elle se couche seule. Elle ouvre son tiroir et sort son tout nouveau Gode connecté.

Epilogue… 2018
robots

La campagne de #balancetonporc ou de #metoo se propose de redéfinir ces moments de rencontres, ces moments de vie et de décider pour toutes les femmes ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Elle fait de nous des potentielles et éternelles victimes qui ne sauraient pas se défendre et qui auraient donc besoin d’évoluer dans un carcan bien normé, et avouons le bien mort.

En quoi ce carcan diffère d’un hijab? Cette enveloppe de tissu a pour but de cacher le corps de la femme, de le dissimuler des regards « forcément » lubriques de la gente masculine. Nos féministes nous proposent quant à elles, une enveloppe de codes moraux, quasi religieux censés nous protéger de la « perversion masculine ». Où est la différence? Sinon que la seconde proposition est bien plus hypocrite que la première?

Toujours est-il qu’il est important de sortir de cette autoritarisme sexuel qui est en train de nous envahir petit à petit et comme le disait si bien la tribune il y a quelques semaines :

« Nous défendons une liberté d’importuner indispensable à la liberté sexuelle »

La liberté n’est négociable sous aucun prétexte.

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