Il n’y a rien de pire que l’amour

Talou
morceaux

Il n’y a rien de pire que l’amour. Je leur avais dit et répété. Ils ne voulaient rien entendre. C’était comme si on leur avait enfoncé l’idée dans le crâne : l’amour c’est beau, l’amour c’est indispensable, tout le monde rêve et surtout, doit trouver l’amour…

Trouver l’amour ? Je leur demandais si c’était l’équivalent d’un champignon dans une forêt ou un gadget en rupture de stock. Ils n’apprécièrent pas ma réflexion. Mais ils insistèrent pour que j’explique pourquoi, selon moi, il n’y avait rien de pire que l’amour. J’ai répondu.

L’amour est un sentiment étrange, assez indéfini, qui enflamme. Il remplit de chaleur. Il brûle, il consume. Lorsque l’on est jeune, l’envie de ressentir cette brûlure est immense. Puis l’on perd l’amour. Et le froid s’empare de nous. Un immense sentiment de solitude et de perte. Alors on cherche de nouveau la brûlure de l’amour. Cette flamme que l’on tente d’allumer et d’entretenir avec un autre ou une autre, est en réalité la nôtre, que l’autre doit aussi allumer et entretenir, et l’illusion d’être embrasés, à deux, peut sembler parfaite. Comment maintenir un feu ardent illusoire qui chaque matin nous brûle de l’intérieur ?

Il n’y a rien de pire que l’amour parce qu’il est un sentiment de possession totale. L’être aimé nous appartient, notre amour pour lui est une cage dans laquelle nous enfermons le feu de cet amour, tout comme lui, le nôtre. C’est une cage qui doit protéger le feu du vent. Un vent qui pourrait l’éteindre.

L’amour nous plonge dans la crainte qu’un vent mauvais vienne éteindre la flamme que nous avons allumée. Une crainte qui s’accentue avec le temps, nous plongeant dans des abîmes d’angoisses et de peur. L’autre pourrait ne plus vouloir entretenir le feu dans sa cage ? Une nouvelle flamme pourrait s’allumer, plus intense, ailleurs, plus attirante ?

L’amour ne respecte pas ceux que nous chérissons. Il est le meilleur moyen de les abimer. Jusqu’à les perdre.

Un silence a suivi.

Quelqu’un a demandé si nous étions condamnés à vivre loin de l’amour, s’il n’était qu’illusion douloureuse, alors, à quoi bon ?

Je leur ai demandé s’ils connaissaient l’amitié.

Ils furent surpris.

Etonnés.

On leur avait dit que ce n’était pas très important, l’amitié. Et dans leurs esprits manipulés ils voyaient l’amitié comme une simple faculté à fréquenter d’autres êtres humains. Ils avaient oublié ce que signifiait ce mot et ce qu’il contenait.

L’amitié ne s’offre pas, ni ne s’accapare.

On ne peut pas forcer l’autre à être notre ami.

L’amitié se crée par la rencontre entre des êtres qui se reconnaissent.

L’amitié est un lien qui soude les êtres par le sceau de la confiance et de la liberté.

L’amitié ne s’allume pas, ne s’éteint pas, elle se crée sans intention, et si elle est entretenue, perdure et s’épanouit avec le temps.

Il n’y a rien de plus émouvant qu’un fidèle ami sur lequel on peut compter, quoi qu’il arrive, même le pire.

L’amitié ne demande rien en retour.

Elle n’a pas de règles, ne se soumet à aucune contrainte établie.

Elle est rare et précieuse.

J’ai éclaté de rire.

Ils n’ont rien dit.

J’ai répété : il n’y a rien de pire que l’amour.

Ils sont tous repartis en quête d’amour.

J’ai souri en pensant à mes amis.

Il n’y a rien de pire que l’amour.

Et rien de plus essentiel que l’amitié.

Rien.

Sauf l'amour véritable, mais qui n'est rien d'autre que l'amitié transcendée…